Le royaume de l’au-delà d’Edison et les Machines Nécrophoniques de Philippe Baudouin

Thomas A Edison

Le royaume de l’au-delà (traduction Française Max Roth)

+ Machines Nécrophoniques de Philippe Baudouin

Editions Jérôme Million

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J’ai fait la connaissance de Philippe Baudouin il y a quelques mois au détour d’un post ami que nous avions en commun sur Facebook. Son livre n’allait pas tarder à être publié, et pour accompagner cet accouchement son mur se remplissait de références, d’ouvrages et d’articles de toutes sortes, absolument passionnants, tous centrés autour d’un même sujet : L’étrange rapport qu’entretiennent les machines et a les dispositifs de captation et de restitution du son avec les morts.

Philippe Baudouin est philosophe et c’est la pratique radiophonique (comme chargé de réalisation sur France Culture) qui l’a conduit peu à peu à creuser le sujet, m’a t il confié lors de la soirée organisée pour sortie du livre au Monte en l’Air.

Le livre, bicéphale, comprend pour la première moitié, une longue préface de Philippe Baudouin intitulée les Machines Nécrophoniques et pour la seconde, la dernière partie des mémoires de Thomas A Edison, Le Royaume de l’Au-delà.

Livre Necrophone

Thomas A Edison est un monument aux États-Unis, si on connait l’inventeur et le chercheur infatigable, son sérieux et la solidité de ses démarches, on connait moins en revanche ses replis plus obscurs. Les Machines Nécrophoniques replace Edison dans son temps et nous dévoile peu à peu un personnage ambivalent, trouble, voir radical sur bien des sujets de société. Edison est à la fois homme de lumière (le principe de la lampe à incandescence à métamorphosée la vie urbaine sur terre) et homme de l’obscurité – il fût l’inventeur de la chaise électrique et avait une vision raciste et inégalitaire du vivre ensemble.

Dans le dernier chapitre de ses mémoires Le Royaume de l’Au-delà, Edison se lâche et donne libre cours à ce qu’on décrirait aujourd’hui comme de pures élucubrations. Il n’y a pas vraiment de fondement scientifique dans son discours, néanmoins certaines de ses intuitions possèdent une sorte de charme enfantin (notamment la notion d’essaim et d’entités vies qui constitueraient l’être humain). Ses visions et préoccupation par rapport à la survie de l’âme sont de l’ordre de l’intime conviction – la vie est en réalité indestructible – dit-il, mais il ne saurait le prouver, a moins de réussir à créer enfin sa machine, la machine à communiquer avec les morts. Cette machine existe dans son esprit, il sait la décrire dans les grandes largeurs, il confie travailler dessus mais techniquement il avouera être encore loin du compte. Un jour peut-être …

Philippe Baudouin pense que le phonographe inventé par Edison en 1877 et la machine à communiquer avec les morts sont un seul et même projet. Sans aucun doute le phonographe en était il la première étape, mais en l’état il ne correspondait pas en terme de sensibilité à ce que Edison imaginait pouvoir créer par la suite, même si d’aucun ont prétendu assister à la chose, comme le rapportait en 1933 la revue américaine Modern Mechanix and Inventions.

Reste le plus important, la préface, les Machines Nécrophoniques. En prenant comme point de départ les machines parlantes d’Edison Philippe Baudouin retrace de la fin du 19ème siècle à nos jours, ce lien constant et inextricable qu’entretient la pratique spirite avec l’évolution technologique, offrant ainsi au lecteur un superbe panorama composé de témoignages et de nombreux documents commentés. Pour Philippe Baudouin le phonographe est une « machine élégiaque qui du fait de son dispositif se rapprocherait de la séance spirite pour l’évocation de l’âme des défunts. Grâce a sa capacité de transmission et de conservation il est un considérable agent d’extension du royaume des morts ».

L’inventaire des pratiques thanatotechniques décrites dans les Machines Nécrophoniques nous embarque dans un magnifique voyage dans le temps qui commence avec la présentation du Phonographe qu’Edison fît dans l’amphithéâtre de l’ Académie des Sciences à Paris le 11 Mars 1878 et se termine avec les travaux de Konstantin Raudive, utilisés par William Burroughs dans la technique des cut-ups.

L’apparition de la technique phonographique a été vécue en son temps comme un véritable quantum leap, elle a métamorphosé la perception du réel en emprisonnant le son capté dans une autre dimension, celle du support phonographique. Pierre Shaeffer dans le traité des objets musicaux parlait de l’avènement du phonographe en ces termes :  » l’étonnant, déjà, dans le cylindre d’Edison, c’est qu’on puisse transformer un champ acoustique à trois dimensions en un signal mécanique à une dimension ». La primitive merveille d’Edison était aussi une machine a charcuter et à déformer la structure originelle du son. Malgré cela, miracle, l’oreille prendra bien livraison de l’essentiel du message devenu spectral, fantomatique, d’outre-tombe.

Le principe du phonographe d’Edison a passionné de nombreux écrivains, chercheurs et spirites, on peut citer Camille Flammarion ou encore Helena Blavatsky (on croisera également Poe, Villiers de l’Isle Adam) puis dans les générations qui ont suivies des artistes comme le cinéaste Friederich Jurgenson.

Philippe Baudouin termine sa préface avec la notion de machines anti-médiatiques reprise au philosophe Eugene Thacker, machines qui offrent d’avantage, qui vont au-délà de ce que l’on souhaitait. Aujourd’hui on appellerait ça du hack ou du bending, trouver des interstices qui révèlent le potentiel surnaturel et poétique d’un dispositif technique. L’opération phonographique se placerait au croisement, à la médiation véritable, entre le naturel et le surnaturel, ouvrant des brèches sur le territoire des spectres électro-magnétiques. Arrivés à ce point on se rend compte que ce champ n’a pas tout donné, qu’on peut encore explorer et débattre, que ce soit du point de vue métaphysique que du point de vue technologique.

Le livre de Baudouin est une réussite, on se plait à la découverte, la lecture est dense, c’est foisonnant, les notes de bas de pages sont aussi intéressantes que le texte. L’ensemble forme un ouvrage riche, une mine d’or indispensable pour tous ceux qui sont passionnés par l’occulte, le son et l’histoire des technologies phonographiques.

CW

Je vous conseille sur Arte Radio l’écoute ces trois travaux de mise en onde de Philippe Baudouin :

Les Ghostbuster de l’intérieur

Envoyé Spectral

Station nombres

et sur Soundcloud la présentation du livre Le royaume de l’au-delà

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