Archive | mars 2012

Mars 36 – imaginer le rapport homme/machine du futur

Le Numéro 8  de la revues Espace(s) – Littérature et création est sorti à l’occasion du dernier salon du livre à Paris mais sera également présent pour le 2ème Festival Sidération qui va se tiendra du 23 au 25 Mars au Centre national d’études spatiales
2, place Maurice Quentin – 75001 Paris
Métro-RER : Châtelet-Les Halles (Sortie Place Carrée – Escalier Pont Neuf).

J’ai eu la joie de pouvoir y publier une nouvelle sur la thématique du huis-clos, qui s’intitule Mars 36.

J’ai développée cette histoire en tenant compte d’un certain nombre d’expériences que j’ai pu vivre, d’observations personnelles que j’ai faites dans les mondes virtuels notamment, tout en les intégrant dans une perspective de fiction, qui garde cependant bien les pieds sur terre, tant les possibilités décrites pourraient s’avérer plausibles dans un futur plus ou moins proche. Ce n’est donc pas de la science fiction mais plutôt une sorte de digression fictionnelle.

Mars 36 décrit le premier voyage habité vers Mars. À bord du vaisseau ne se trouve qu’une seule personne, un seul être humain, le commandant Elisabeth Renn.

J’ai pris délibérément la date de 2036 supposée devenir peu ou prou cette époque charnière appelée Singularité, phénomène  abondamment relayé par le mouvement Transhumaniste depuis de nombreuses années. Personnellement je ne crois pas du tout à cette vision, qui prédit qu’à la fin du cycle de Singularité le pouvoir resterait « aux mains » des machines seules au détriment de celui des êtres humains. Cette projection totalitaire relève à mon sens plus d’une Cyber-mystique grotesque qu’on entretient en réalité à des fins commerciales. A travers le transhumanisme on veut vendre l’idée d’immortalité en encourageant la possibilité de croiser l’homme et la machine. Se projeter dans l’être hybride parfait, éternel, augmenté, hyper sensoriel etc. Tout cela est loin d’être nouveau …

Le rêve d’immortalité est aussi vieux que le monde et avec lui le rêve de la toute puissance, du contrôle, du pouvoir et de la domination. Je ne pense pas que le concept de singularité puisse donner les réponses adéquates dont l’humanité a besoin aujourd’hui.

Par contre je pense qu’il est bon de s’interroger sur notre rapport à la technologie, l’enrichissement que nous pouvons en tirer et en particulier tout ce qui recouvre les technologies numériques. C’est dans ce sens que j’ai construit mon histoire.

Dans Mars 36, l’équipage est hybride. Il est constitué d’un être biologique et d’un programme informatique polymorphe appelé HoloStat. HoloStat se comporte à la fois comme un programme de traitement de l’information générale à bord et comme un compagnon synthétique tridimensionnel. L’avatar matérialisé sous forme holographique s’imprime dans l’espace en utilisant les particules présentes grâce à des micros phénomènes électro-magnétiques. Il n’y a plus d’écran, mais une présence 3D projeté à très haute définition dans l’espace de communication.

Toutes les personnes qui ont, comme moi, fait l’expérience d’une relation très approfondie entres avatars interposés savent deux choses : que ce que nous « voyons » nous aide a nous ancrer dans la relation à l’autre et que ce que nous partageons par écrit ou par la voix crédibilise définitivement la manifestation, la présence d’un « autrui ». Peu importe qu’il ou elle soit biologique ou synthétique à l’autre bout. Une fois que notre système cognitif accepte la situation et que l’échange (allers retours de symboles, de mots, d’attitudes) est suffisamment élaboré entre les deux protagonistes, on va pouvoir s’investir émotionnellement de façon tout à fait naturelle. C’est très proche de la fameuse suspension volontaire d’incrédulité nécessaire à la pleine réception d’une oeuvre de fiction ou d’immersion dans un jeu vidéo.

Donc pour croire à la présence d’un autre nous n’avons pas besoin de toute sa représentation, une manifestation parcellaire suffit. La densité du corps biologique en l’occurrence peut être zappé et remplacé par une projection numérique. Ce qui explique comment il nous est si facile de tomber amoureux d’un avatar, voir d’un simple profil sur internet.

Mars 36 décrit la relation entretenue entre une femme commandant de mission spatiale et son collaborateur synthétique. J’essaie de montrer tous les avantages d’une telle relation dans un contexte de mission de très longue durée mais aussi les paradoxes. Ce qui me fascine et qui m’a fait me poser beaucoup de questions sur un plan personnel et sur un plan plus « scientifique », c’est de constater à quel point notre capacité cognitive et émotionnelle est capable de se laisser leurrer.

Alors au fond qu’est ce que la réalité ?

Comment quelque chose ou quelqu’un devient il réel à nos sens ?

Sans les sens le(s) réel(s) existe(ent) t il(s) ?

Je suis loin d’avoir trouvée toutes les réponses.

Pour Mars 36 j’ai imaginé un programme de communication assez simple qui serait une sorte d’agent conversationnel élaboré pouvant interagir en 3 dimensions sous la forme d’un hologramme électro-magnétique. Le fameux Milo project présenté il y a quelques années par Peter Molyneux pouvait donner de sérieuses pistes quand à ce genre d’avenir. Le projet Omax développé par L’Ircam qui permet d’improviser en temps réel avec un ordinateur en tant que musicien est également une piste très intéressante. Omax analyse ce que produit le musicien selon un certain nombre de critères qu’on peut choisir au départ et refait des propositions musicales sur lequel le musicien peut à nouveau rebondir. S’engage alors un véritable échange musical.

L’agent conversationnel de synthèse on le rencontre de plus en plus sur internet et il fait également son apparition dans les jeux vidéos.

Dans le jeu massivement multi joueurs SWTOR – Stars Wars The Old Republic – le joueur dispose d’une équipe de personnages non joueurs qui sont plus élaborés qu’un simple PNJ classique. Au cours de l’histoire ces personnages vont avoir une influence directe sur la collaboration : accompagner le joueur au quotidien, l’entrainer parfois dans de nouvelles quêtes, révéler des facettes de leur vie passée qui vont interagir sur le déroulement du jeu, etc. C’est vraiment le début du compagnon synthétique dans lequel on peut investir émotionnellement comme on le ferait avec un avatar humain. On sent parfois pendant le jeu comme la frontière est fine, comme il s’en faudrait d’un cheveu que tout bascule ! 😉

Dans Mars 36, Lucas l’avatar projeté par le programme HoloStat est un compagnon de travail. Il n’a pas de conscience propre, ce n’est pas une AI de science fiction, c’est un collaborateur synthétique destiné à maintenir en vie le commandant Elisabeth Renn pendant une mission de plus de 900 jours … Et ce qui nous maintient en vie c’est la communication et l’interaction perpétuelle que nous avons avec notre environnement. Lucas est donc perpétuellement en contact avec Elisabeth, d’une façon ou d’une autre. Une partie de l’intelligence de Lucas est liée à sa capacité de traduire et de pouvoir interpréter en langage humain les informations globales du vaisseau. En cela il ne se différencie pas d’un programme informatique traditionnel. Une autre partie est beaucoup plus interactive et conversationnelle, un peu sur le modèle Omax et Milo mais orienté vers l’échange verbal et social avec capacité de mémorisation, reconnaissance, analyse, feedback, interprétation, restitution et réinjection des données. Lucas possède un profil psychologique de base calqué sur une personnalité humaine ayant réellement existé avec ses défauts et ses qualités tout en ne présentant pas de réactions ou de pulsions pouvant mettre la vie d’Elisabeth Renn en danger. Par exemple Lucas ne peut pas se mettre en colère pas plus qu’il serait capable de devenir violent. Lucas n’est pas humain, ce n’est pas sa vocation

Dans mon imaginaire la machine et l’homme continueront à être complémentaires, comme ils l’ont été depuis le silex jusqu’au metaverse. L’intelligence contenue dans les programmes ne changera pas grand chose. Sans l’homme, le silex n’est qu’un caillou et sans la présence d’un joueur, le jeu vidéo en soi n’aurait aucun sens  … Tant qu’il est vivant l’homme sera toujours au centre.

Performance – hommage à la poète Angye Gaona

Un exercice de Mail-Art Musical

Le 20 mars 2012 à 19H aura lieu une performance en hommage à la poète Angye Gaona à Montevideo en Uruguay. Cette performance rassemble Clemente Padin artiste du mail-art, Claude N’Guyen peintre et Christine Webster compositrice.

« La performance consiste en une improvisation faite à partir de la musique de Christine Webster, envoyée par courrier électronique que Clemente et Claude vont découvrir à 19H mardi prochain au Centre d’Art Punto de Encuentro de Montevideo. »

À l’origine j’avais proposé de participer en streaming en direct live. Mais la mauvaise qualité du réseau en Uruguay, nous a fait changer de stratégie. J’ai donc proposé un envoi par courrier pour rester dans l’esprit de la pure tradition du mail-art mais en définitive c’est par courrier électronique et en format compressé MP3 que la chose aura traversé l’océan, il faut vivre avec son temps.

Le morceau s’appelle « Le chemin du sternum ». Il est inspiré d’un poème d’Angye Gaona qui se nomme « Au long du Canyon ». Il sera mis en ligne sur Soundcloud mardi soir après la performance.

Pourquoi cette performance ? Pour soutenir la poète Colombienne Angye Gaona, qui a été arrêtée en Janvier 2011 pour avoir dénoncé à travers ses poèsies les disparitions forcées des opposants au régime de son pays.

pour en savoir plus sur Angye Gaona

pour en savoir plus sur Clemente Padin

Le travail de Claude N’Guyen

————
« Qué traerás, qué ofrecerás
más acá de las sombras,
en un tiempo de desapariciones,
cuando vuelven las cabezas separadas
a preguntarse descreídas
si no dejaron
algún secreto bajo la lengua. »
Angye Gaona

Pixel Joy – Défidéfous#17

Le net est plein de surprises agréables. Pixel Joy est le résultat d’une collaboration spontanée, via réseau social, entre deux personnes ne se connaissant pas du tout.

« qui pour faire une musique 8bits ? » l’appel de Florentine Grelier à trouvé écho chez moi il y a quelques jours. Son petit film d’animation, fait à partir de l’Homebrew Animatee de NintendoDS participe au Défidéfous#17. Je lui ai concocté pour l’occasion un montage sonore fait à partir d’émulations de carte de jeu (Commodore64), de Cazio CZ1(Kasio-M4L) et de synthés monophoniques old school. La voix est traitée façon Speak and spell avec Grinder des GRM tools. J’ai ensuite montée tous ces sons électroniques comme je l’aurais fait avec des sons « naturels »…

survol de l’année 2011, Limbic, Le Silence sous l’écorce, Erazed …

Limbic

L’année 2011 aura été une année exceptionnelle. Tout d’abord avec l’exposition pendant trois mois du projet Limbic au Centre d’Art Casino Luxembourg entre le 29 janvier au 1er Mai, dans le cadre de l’exposition Away from Keyboard d’Human Atopic Space. Limbic était également présent au Festival Futur en Seine, au mois de Juin, dans l’allée réservée aux installations d’art numériques. Un moment privilégié qui m’a permis de recueillir les appréciations et les retours d’impressions autant des professionnels présents (chercheurs, directeurs artistiques, compositeurs) sur le Festival que du public. Une façon de mettre le projet et les idées qui se cachent derrière à l’épreuve du réel et ce fût un succès. Des image ont étés tournées également pendant le dernier jour de ce Festival par Véronique Landolfini. Un film est en train de se monter pour garder trace du projet qui sera terminé au cours de l’année 2012 … Pour finir Limbic et la musique Topologique sont partis se promener au mois de Juillet dans la Drôme pour une après-midi de conférence au Désert Numérique. Ensuite il a fallu faire contre mauvaise fortune bon coeur, beaucoup des artistes présents et des passionnés de mondes virtuels sur Second Life sont définitivement partis en 2011. Ce fût le cas, entres autres, de WangXiang  Tuxing qui m’a énormément aidé sur Limbic et mis à ma disposition pendant des années des bouts de terrains pour échafauder mes plans, mais qui a dû rende la location de sa sim. Même chose pour Aire Ville Spatiale qui avait vu naître l’avant projet de Limbic, « 55 sounds to the sky » mais qui n’existe plus sur SL … Bien que l’obsolescence programmée ne fasse pas partie des concepts de base d’un univers virtuel, les choses peuvent y mourir de façon définitive. Regarder mon installation disparaître sous mes yeux a été une expérience poignante – le projet venait à peine de prendre forme qu’aussitôt il semblait s’évanouir – il reste des images bien évidemment, mais ça n’est pas la même chose que ce que l’expérience Limbic proposait … c’était avant tout un lieu sonore à vivre. Heureusement d’autres projets vont suivre et de nouvelles solutions sont envisagées pour ne plus perdre en route tout le travail de création 3D.

Limbic+ Human Atopic Space

Le Silence sous l’écorce

Le début d’année  fût également une fête avec la nomination du court métrage « Le Silence sous l’écorce » de Joana Lurie produit par Lardux Films sur la short list des meilleurs films d’animation en lice aux Oscars 2011. C’est le genre de truc qui n’arrive pas tous les jours dans une vie. Je m’étais beaucoup investie sur ce film pour la création sonore et se retrouver entres des géants comme Pixar ou la Warner avec mes jolis sons, je trouvais ça juste génial.

Le Silence sous l’écorce

Erazed et Fukushima days

En 2011, j’ai participée au projet Synchronicity mis en forme par Aire Ville Spatiale sous la houlette de Marc Moana. Mais au cours du processus de mise en forme collective, j’ai butée à l’automne sur certains aspects relatifs à la possibilité de démantèlement de l’oeuvre originale proposée dans le cadre du projet sans aucune possibilité de regard ou de recadrage ce qui m’a conduite à abandonner ma participation.Tout n’est jamais perdu, puisque ce fût là l’occasion de commencer une collaboration très pointue avec le graphiste et compositeur Kantoh. Nous avons éprouvés nos deux univers d’abord sur une performance appelée Erazed et c’est ce qui nous a conduit de fil en aiguille à travailler sur un projet de film a base de musique éléctro- expé que j’avais dans mes cartons depuis un bout de temps « Tokyo Ohio » et qui est maintenant en cours de construction ainsi que d’imaginer une collaboration pour concerts a venir quand j’aurai terminé mon projet d’album « Fukushima Days » … des projets de très longue haleine, sur lesquels j’aurai le temps de revenir ultérieurement.

EraZed not Erased la vidéo

VAE SATIS …

Apothéose pour la fin d’année. Pour poursuivre mes investigations qui mettent en scène le son en 3D dans des univers virtuels, j’avais depuis longtemps l’idée de connecter tout ça en incluant l’aspect Musico-Thérapeuthique. Donc pour avoir une chance de pouvoir m’inscrire à l’école de Médecine, n’ayant aucun diplôme en poche, il me fallait faire ce qu’on appelle une Validation des Acquis d’Expérience. J’ai trouvé au SATIS d’Aubagne la branche universitaire qui délivrait le Master le plus en adéquation avec mon parcours professionnel et artistique. Après un mois de travail acharné pour finaliser le dossier en Novembre, je passe mon entretien devant le Jury le 12 décembre 2011. Un très beau moment d’échange et d’écoute. Je sors avec le Master* intégral attribué à l’unanimité du Jury. Je vais pouvoir poursuivre ma route mais aussi collaborer avec le SATIS d’Aubagne pour d’autres projets …La VAE est une démarche qui apporte beaucoup et je la conseille à tous mes confrères ingénieurs du son et compositeurs qui se posent la question au cours de leur vie. Mention spéciale donc, pour toute l’équipe du Satis, dynamique et passionnée de son.

Site du SATIS

* Master SATIS Ingenierie de la création et de la réalisation sonore pour le film, la vidéo et le multimédia.

Elementary Signals

Explorations in Sound Synthesis, Electronic Music Composition and Instrument Design

sonic(e)spaces

Experimenting sound and music in the (e) dimensions

%d blogueurs aiment cette page :